Le succès d’Ahmed Deedat (et consorts) et la psychologie musulmane

Le succès d’Ahmed Deedat (et consorts) et la psychologie musulmane

 

Ahmed Deedat et ses héritiers continuent de récolter un grand succès auprès de nombreux musulmans en quête de champions et de justification de l’islam ;
Le type d’apologétique-polémique qu’il a développée sous forme de spectacle de divertissement ne permet pas cependant de déployer des démonstrations précises et rigoureuses. Il repose au contraire sur l’esbroufe, l’illusion de la connaissance des écritures chrétiennes et de leur interprétation et l’impact d’un discours oral asséné comme une vérité et sans contradiction réelle ;
Au fond, le succès de Deedat s’explique moins par son talent et sa rhétorique que parce qu’il a réussi à toucher une corde très sensible chez son auditoire musulman : en déséquilibrant profondément les psychologies, la foi musulmane fait rechercher toutes sortes de légitimation, de soulagement du poids de l’incertitude ; c’est ce qu’offre Ahmed Deedat : une forme apparente et simpliste de restauration de la confiance des musulmans en eux-mêmes, en l’islam et en Dieu

 

 

Nous reproduisons ici le texte d’un entretien donné par Odon Lafontaine à Franck Abed (21 juillet 2018) dans lequel il a traité cette question du succès d’Ahmed Deedat sous l’angle de la psychologie musulmane.
L’entretien complet est disponible sur le site de ce dernier et sur Agoravox [1].

Franck Abed : D’une manière générale, et avec le recul, comment expliquez-vous le succès du prédicateur musulman Ahmed Deedat, à une époque où internet n’existait pas encore ? De même, depuis sa mort son succès ne se dément pas, notamment grâce à internet. En effet, il est souvent cité comme la référence par les jeunes musulmans et les convertis. Qu’en pensez-vous ?

 

Odon Lafontaine : Sans être un spécialiste de Deedat, j’ai vu quelques vidéos. On en fait vite le tour, et quand on connait un peu l’islam, on comprend mieux son succès. Tâchons de l’expliquer, ce qui nécessitera quelques développements et explications de fond sur l’action psychologique de l’islam.

 

Remarquons tout d’abord que le succès d’Ahmed Deedat n’est pas un phénomène isolé. Il a été précédé par des apologètes du même tonneau, comme Rahmatullah al Hindi, et de nombreux impétrants prétendent aujourd’hui à leur succession, récoltant comme eux un grand succès. Deedat avait peut-être des qualités particulières, mais son succès et celui de ses héritiers s’explique moins par leur talent que parce qu’ils ont su, lui comme eux, toucher une corde sensible au sein de leur public musulman.

 

Des quelques prestations de Deedat et consorts que j’ai pu analyser, j’en retiens qu’ils utilisent tous les mêmes ficelles grossières pour convaincre. Il s’agit de débats soigneusement mis en scène ou de « one man shows », à la manière des comiques ou des politiques prenant leur auditoire à témoin. Ces formats ne poussent pas à de réelles études de fond, scientifiques et rigoureuses, des sujets abordés. Il s’agit de se livrer à des démonstrations de « science », d’habilité, de rouerie et d’à-propos pour émerger comme le champion de la cause musulmane [exemple ici en vidéo]. On s’y contente généralement d’effets de manche et d’esbroufe, et sur le fond, il ne s’agit pas d’apologétique ou de disputatio intellectuelle mais d’entertainment, de divertissement. Les très rares livres publiés n’engagent jamais leurs auteurs dans de réelles controverses scientifiques, universitaires, de la même manière qu’on ne voit jamais les diseurs de bonne aventure faire fortune au loto… On préfère user en fait d’argumentaires souvent très simplistes, comme par exemple prétendre que l’on aurait « fait trembler le Vatican » en lançant un défi au Pape que celui-ci n’aurait pas « osé » relever. Evidemment, dans l’interprétation qu’en a donnée Deedat et que son public a voulu retenir, cela ne pouvait être que par peur de « perdre le débat », auquel Deedat « enjoignait » le Pape de participer contre lui (les guillemets renvoient aux éléments de langage que l’on trouve sur divers sites musulmans glorifiant la « victoire » par contumace de leur champion). D’autres explications à la conduite du Pape sont possibles cependant, comme par exemple la possibilité que le Pape lui-même n’ait jamais eu vent de la proposition, ou bien qu’un tel débat ait pu lui sembler aussi incongru qu’un défi de bras de fer lancé par un plouc moyen au Président. Toutefois, les fans de Deedat n’ont voulu retenir que le mythe d’un Pape acculé par le champion de l’islam, en proie à la peur panique de perdre la face… Pourquoi cela ? Pourquoi l’explication somme toute la plus vraisemblable (la seconde !) n’est-elle-même pas considérée ? Je pense, et c’est le sens de votre question, que cela procède d’éléments très profonds de la psychologie musulmane, liés eux-mêmes à la nature de la foi islamique.

 

Il faut comprendre pour cela que les psychologies façonnées par l’islam fonctionnent à rebours : ce n’est pas l’examen des faits qui y conduit à la conclusion, mais la conclusion qui prédétermine la façon dont les faits sont examinés, voire qui prédétermine directement les faits eux-mêmes, qui va même jusqu’à les inventer (comme par exemple la grande peur du Pape face à Deedat). Illustrons-le : la foi islamique est, au plus profond, la conviction que l’islam est la solution aux maux qui accablent la terre et les hommes, la conviction que l’islam est la solution aux problèmes collectifs comme personnels. De cette conviction dépend tout le reste : puisque l’islam est la solution, il est donc la meilleure des choses, et donc son prophète ne peut avoir été que le meilleur des hommes, et donc sa conduite telle que relatée par la tradition ne peut avoir été que la meilleure des conduites, ne peut avoir été qu’un vrai modèle de bonne moralité. Et donc, face aux épisodes douteux ou inacceptables sur le plan moral de cette biographie (cupidité, mariage de sa propre belle-fille, polygamie et vagabondage sexuel, viol des captives de guerre, relations sexuelles avec une épouse pré-pubère, torture, assassinats, etc.), le musulman pris dans la logique de l’islam se retrouve coincé…

  • Il ne pourra alors que qualifier ces actions de moralement bonnes, et construire à partir d’elles son référentiel moral contre toute morale naturelle. Car sans cela, Mahomet n’aurait alors été qu’un affreux jojo, et ne pourrait donc avoir apporté la meilleure des religions à l’humanité.
  • Ou bien à l’inverse, et selon cependant cette même logique, il ne pourra que refuser de voir en face la réalité de la conduite de son prophète selon sa biographie traditionnelles, il ne pourra que nier ses actions (qu’il ne connaît peut-être pas au demeurant), ou bien lui inventer de toute force des circonstances atténuantes, des alibis et des justifications (Aïcha, sa « femme enfant » aurait en fait été plus âgée, Saint Louis aurait fait de même, on était déjà pubère à l’âge de 9ans, à l’époque, Dieu aurait permis que l’on épouse sa belle-fille, etc.). Car sans cela, Mahomet n’aurait alors été qu’un affreux jojo, et ne pourrait donc avoir apporté la meilleure des religions à l’humanité.

C’est dans chacun des cas la même logique qui commande : la conclusion prédétermine les faits qui sont sensés la construire. L’islam n’est pas bon à cause de Mahomet, mais Mahomet est bon à cause de l’islam. Et donc, mais seulement dans un deuxième temps du raisonnement, l’islam est bon aussi à cause du bon Mahomet : la boucle du raisonnement tautologique est ainsi bouclée…

 

De là nous comprenons que l’islam, dans un sens, n’a pas vraiment besoin des faits réels pour exister dans la conscience des musulmans. La conviction que l’islam est la solution à tous les maux se justifie en elle-même : il suffit d’être conscient de l’existence du mal et de tous les maux pour pouvoir être séduit par l’idée qu’il serait possible de s’en libérer, facilement, politiquement, comme le propose l’islam. La promesse est tellement belle, et tellement facile puisque rendue possible via les seuls moyens humains (l’application de la loi de l’islam) qu’elle en prend un caractère des plus impérieux : s’il est possible de sauver le monde, de se sauver soi-même et ses proches, alors il faut absolument le faire, rien ne pourrait être plus important que cela. Dès lors, plus rien ne compte à cette aune, y compris les justifications profondes, y compris l’examen rationnel des faits. On ne va pas chercher à comprendre réellement pourquoi l’application intégrale de la charia permettrait de construire une société parfaite ou d’acheter son entrée au paradis : ce qui compte c’est la promesse du bien absolu que représenterait le paradis sur terre ou dans l’au-delà, promesse qui se suffit à elle-même (ou son corollaire : la peur panique du mal absolu de l’enfer). On peut donc tout à fait être musulman sans connaissances réelles et approfondies du Coran, de la théologie ou de la tradition musulmane, comme l’immense majorité des musulmans dans l’histoire. Il suffit d’être convaincu par la finalité que vise l’islam. C’est, à mon sens, la caractérisation du moteur profond de la foi musulmane.

 

C’est exactement l’inverse de l’attitude normale, de l’attitude scientifique, qui, elle, part des faits pour aboutir à la conclusion. Au passage, ce fonctionnement « à l’envers » de la raison n’est pas propre à l’islam, il se retrouve dans toutes les idéologies[2]. Comme elles, l’islam vient ainsi pirater la conscience et le raisonnement des musulmans, pour les faire fonctionner à l’envers. Il séduit par la promesse du bien total et absolu que serait la « solution-islam » à tous les maux, à toutes les injustices, et la force de cette séduction renverse la charge de la preuve.

 

Mais au plus profond, l’esprit humain n’est pas si facilement dérouté. Il cherchera toujours à se construire des légitimations, des justifications, à s’appuyer sur des béquilles. Et sans doute les cherche-t-il plus encore qu’il sait, plus ou moins consciemment, que sa conviction s’est formée sans elles, sans réel cheminement « scientifique » solidement établi par la raison sur la logique intégrale et sur l’examen objectif et rigoureux des faits. Coexistent ainsi paradoxalement dans les consciences musulmanes à la fois la certitude de la conviction de la vérité de l’islam et le sentiment d’un manque criant de preuves et justifications réelles, l’intuition de l’illégitimité et le besoin d’être rassuré, d’être ragaillardi, d’être justifié. Ainsi, lorsqu’apparaissent des preuves et justifications, celles-ci sont alors étudiées, soupesées et appréciées au travers de la conviction islamique. Un esprit simple sera ainsi vite convaincu par les « miracles scientifiques » du Coran, qu’il verra comme étant autant de « preuves » de l’islam car il est en fait déjà profondément convaincu par l’islam ! Ce qui explique également au passage qu’il ne les soumettra pas à un examen rigoureux et ne prêtera aucune attention aux aberrations scientifiques réelles du Coran[3]. Ce même esprit simple sera ainsi tout aussi vite convaincu par les pitreries de Deedat et consorts. Notons donc ces deux points capitaux, apparemment paradoxaux :

  1. Le « piratage » des consciences auquel procède l’islam les laisse malgré elles dans une forme d’incertitude, de doute (inexprimable en islam) qui les pousse à chercher toutes les justifications ;
  1. L’esprit musulman est déjà convaincu par l’islam, et ne lui recherche pas de justification réelle, scientifique, intégralement logique : les apparences d’une telle justification le satisferont amplement.

C’est là-dessus que fleurit la petite entreprise de Deedat et de ses successeurs, et c’est ce qui explique leur succès… En prétendant défendre l’islam contre les attaques des islamophobes, en cherchant à « détruire » les doctrines anti-islamiques (comme l’est intrinsèquement la foi chrétienne – disons plutôt, pour respecter l’histoire, que l’islam est une doctrine intrinsèquement antichrétienne), en voulant rétablir la suprématie de l’islam mise en cause par la crise profonde qu’il traverse depuis deux siècles que les pays musulmans ont été soumis par les Occidentaux, Deedat donnait aux musulmans ce qui leur manque tant dans leur religion : la confiance en eux-mêmes, en l’islam et en Dieu (du moins dans la conception islamique de Dieu).

 

Bien sûr, il faudrait entrer encore davantage dans la complexité des phénomènes psychologiques provoqués par l’islam pour mieux comprendre le succès de Deedat. Ce besoin d’assurance, de légitimité peut aussi s’expliquer par la nature « négative » de l’islam, qui ne s’affirme pas d’abord comme une réalité positive, substantielle, mais comme la négation, la critique de ce qui le précède, particulièrement du christianisme ( illâha illâ-l-lâh dit ainsi l’attestation de foi musulmane, « pas de divinité en dehors de Dieu »). De même qu’on peut lui trouver des motivations dans la nature absolument inconnue et inconnaissable de Dieu que l’islam promeut au travers de sa conception du monothéisme : si Dieu est absolument tout puissant, absolument différent, absolument inconnaissable, comment savoir s’il est satisfait de moi ? Il faudrait aussi évoquer les logiques de soumission à l’autorité propres à l’islam, qui poussent les musulmans à se chercher des chefs et autorités islamiques (c’est d’ailleurs un commandement de la charia). Mais je pense que nous avons déjà là bien assez pour comprendre Deedat, son œuvre, son succès et sa postérité.

 

 

 

Propos recueillis le 21 juillet 2018

Le 21 juillet 1242 : victoire française de Taillebourg

 

Reproduction encouragée avec mention de la source : http://jesusoumohamed.com


[1] On y trouvera également les réponses aux questions de l’unité de l’islam (un « islam » ou des « islams » ?) et de la participation des musulmans au formidable mouvement contemporain de recherche historico-critique sur les origines de l’islam. Voir également la première partie de cet entretien (juin 2018), également sur le site de Franck Abed et sur Agoravox.

[2] Ce qui explique l’aveuglement des idéologues face aux échecs de leurs systèmes et de la fuite en avant systématique de toutes les idéologies (nazisme, communisme, révolution, européisme, URSS, etc…)

[3] Cf. le florilège du site Answering Islam (https://www.answering-islam.org/Quran/Science/index.htm en anglais) ou bien ce pot-pourri de vidéos sur les « miracles scientifiques » du Coran : https://www.youtube.com/watch?v=CS13yF4lfE8&list=PLrxfWBuFyjdWO3bVd1usISnII14Q43-RR

Auteur : Jésus ou Mohamed ?

Collectif de catholiques engagés dans la nouvelle évangélisation auprès des musulmans

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