La « barrière entre les deux mers »

La « barrière entre les deux mers »

Les mystificateurs des « miracles coraniques » prétendent en avoir trouvé un de plus dans la mention à la « barrière entre deux mers ».
Une fois de plus, il ne s’agit que d’extrapolations fantasmatiques, d’inventions de sens nouveaux qui n’existent pas dans le texte.
Une fois encore, l’étude rigoureuse du texte coranique à laquelle oblige la réplique à cette prétention au « miracle » vient apporter des éléments pour contredire le discours musulman, en particulier le discours sur l’existence de La Mecque

La rencontre entre la Mer (salée) de la Baltique et la Mer (salée) du Nord (rien à voir, au passage, avec le texte coranique)

Certains apologètes de l’islam, comme Zakir Naik ou Maurice Bucaille, affirment que les versets S25,53 et S55,19-20 seraient un « miracle coranique » à eux tous seuls, puisqu’ils décriraient un phénomène physique qu’il aurait été impossible à l’humanité de percevoir et encore moins de concevoir au VIIe siècle : les différences de densité entre eau douce et eau salée, qui, en certains endroits, peuvent donner l’impression d’une sorte de séparation nette entre elles, là où elles se rencontrent (par exemple aux embouchures du Nil, ou du Tigre et de l’Euphrate).

S25,53 : « Et c’est Lui qui donne libre cours aux deux mers : l’une douce, rafraîchissante, l’autre salée, amère. Et Il assigne entre les deux une zone intermédiaire et un barrage infranchissable« 

S55,19-20 : « Il a donné libre cours aux deux mers pour se rencontrer ; il y a entre elles une barrière qu’elles ne dépassent pas« 

L’observateur avisé notera premièrement que ce phénomène de rencontre des eaux douces et des eaux salées est parfaitement connu depuis toujours, depuis que les hommes naviguent en bateau dans ces zones. Pas besoin de « miracle coranique » pour s’en apercevoir.

L’observateur avisé notera surtout qu’il n’est absolument pas question dans le texte de différences de densité entre eau douce et eau salée, ni même de leur mélange. Il n’est pas plus question du mélange entre mers salées, comme nombre d’apologètes musulmans veulent le mettre en avant. Le texte est beaucoup plus simple que cela. Il s’agit tout simplement de description d’une mer d’eau salée située à proximité d’une mer d’eau douce (et non d’un cours d’eau comme le Nil), séparées entre elles par la terre ferme, mais néanmoins reliées par des cours d’eau (le « libre cours » donné aux « deux mers pour se rencontrer« ). De telles configurations existent en Syrie avec le lac de Homs (dit aussi Lac de Qattinah) qui se situe à une cinquantaine de kilomètres environ de la Mer Méditerranée.

Du Lac de Homs à la Mer Méditerranée

Ou bien en Palestine avec le Lac de Tibériade (dit aussi Mer de Galilée), qui se situe à une quarantaine de kilomètres environ de la Mer Méditerranée (et à une centaine de kilomètres de la Mer Morte).

Du Lac de Tibériade à la Méditerranée

L’un et l’autre lacs sont traversés par des fleuves qui se jettent dans la mer salée sans pour autant que l’eau salée ne remonte vers les lacs et ne les « salinisent » (l’Oronte pour le lac de Homs, qui se jette dans la Méditerranée au Nord de la Syrie, et le Jourdain pour le lac de Tibériade, qui se jette dans la Mer Morte au Sud, lac d’eau salée). Le voilà le « barrage infranchissable » dont parle le texte coranique. Pas besoin de chercher des phénomènes physiques de différences de densités entre eaux salines et douces, ou eaux de niveaux de salinité différents qui ne figurent pas dans le texte (lesquels phénomènes physiques, de toutes façons, n’empêchent pas les eaux de se mélanger au final, après un certain temps).

Du Lac de Homs à la Méditerranée par l’Oronte
Du Lac de Tibériade à la Mer Morte par le Jourdain

Toutefois, vu qu’il est précisé dans d’autres versets (S35,12 ; S55,22) que les mers en question produisent chacune des « chairs fraiches » bonnes à manger et des ornements (coquillages, perles, coraux), on peut douter que la Mer Morte, complètement stérile, soit ainsi désignée. D’autres lacs existent aussi en Irak, comme le lac salé de Sawa, lac clos, alimenté souterrainement par l’Euphrate mais sans que ce fleuve ne le traverse. Faut-il y voir le « barrage infranchissable » mentionné en S25,53 et la « barrière qu’elles ne dépassent pas » mentionnée en S55,20 ? Quoi qu’il en soit, ce lac salé n’est pas relié visiblement à une quelconque « mer » d’eau « douce, rafraichissante« .

Au passage, l’observateur avisé notera enfin que ces « deux mers » semblent bien connues des auditeurs de la prédication plus ou moins retranscrite dans le Coran. Ceux à qui elle s’adresse mangent en effet du produit frais de la pêche de ces deux mers (mer salée, lac d’eau douce), et voient les bateaux qui y naviguent :

S35,12 : « Les deux mers ne sont pas identiques : [l’eau de] celle-ci est potable, douce et agréable à boire, et celle-là est salée , amère. Cependant de chacune vous mangez une chair fraîche et vous extrayez un ornement que vous portez. Et tu vois le vaisseau fendre l’eau avec bruit, pour que vous cherchiez certains [des produits] de Sa grâce. Peut-être serez vous reconnaissants »

Or on ne trouve une telle configuration d’une mer d’eau douce située dans une relative proximité d’une mer d’eau salée ni en Arabie, ni en Mésopotamie (à moins de considérer comme une « mer » le Chatt-al-Arab, l’estuaire commun des fleuves Tigre et Euphrate se jetant dans le Golfe Persique). Il s’agirait donc plutôt de la Syrie, avec le lac de Homs (lac qui pourrait fort bien être mentionné de plus en S95,1, qui évoque le « figuier » par allusion probable au « Mont des Figuiers », une île émergeant de ce lac). Ou bien de la Galilée, avec le lac de Tibériade. Voilà qui invalide tout scénario faisant de La Mecque la ville de la « révélation » islamique ou du Hijaz (région d’Arabie où se situent La Mecque et Médine) le lieu unique des prédications coraniques…

Bref, comme toujours en matière de « miracle coranique », il s’agit encore une fois d’extrapolations qui ne s’appuient que très lointainement sur la littéralité du texte coranique et bafouent son sens réel.


Reproduction encouragée avec mention de la source : http://jesusoumohamed.com

Auteur : Odon Lafontaine (Olaf)

Auteur du livre "Le grand secret de l'islam"

2 commentaires

  1. N’étant pas Musulman, votre texte me fait sourire et me stupéfie. L’explication de ce « miracle » est si simple et si évidente à voir. Elle était devant nos yeux depuis très longtemps. Ce qui me stupéfie est que je ne l’ai pas notée avant de lire votre texte.
    Elle est infiniment plus crédible que la découverte récente du phénomène de dilution lente de l’eau douce dans l’eau salée. De plus votre explication rend compte de ce qui a été rapporté.

    Vous en tirez la conséquence, que je juge logique, que la Mecque actuelle n’est pas celle dont il est question dans le coran.

    Pour parler d’extrapolations, je reprendrais l’expression de David Wood. Il parle du « miracle de l’interprétation ». Il est nécessaire pour expliquer les paroles claires du coran (c’est dans son texte) attribuées à un dieu. Sans les disciples pour expliquer aux incroyants ce que leur dieu a dit à Mahomet, il peut apparaître des observations comme celle de votre texte.

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